dimanche 20 novembre 2011

Emploi des personnes handicapées : 15 ans, ça se fête !

Publié le : 12/11/2011
Auteur(s) : Eric Blanchet, directeur de L'ADAPT
Résumé : 15 ans déjà que L'ADAPT a lancé la Semaine pour l'emploi des personnes handicapées. A l'époque, on en souriait ; aujourd'hui, c'est un véritable raz-de-marée. Du 14 au 20 novembre 2011, on passe tous à l'action avec Eric Blanchet.

Handicap.fr : La Semaine pour l'emploi fête cette année ses 15 ans. Qu'est-ce qui a changé ?
Eric Blanchet : Il y a quinze ans, on nous regardait en souriant. Une « semaine pour l'emploi des personnes handicapée » ? L'idée pouvait paraître farfelue. Et puis, avec les campagnes de sensibilisation et l'effet de la loi, on a découvert que handicap et compétence pouvaient être pleinement associés. Comme tout un chacun, un travailleur handicapé est capable d'apporter sa richesse à ceux qui savent l'exploiter. Aujourd'hui, nous devons encore franchir un nouveau seuil, celui qui consent à marier handicap et performance. C'est ce sur quoi nous allons travailler dans les années à venir.

H: Votre nouveau slogan, c'est « Engagé ! ». C'est quoi un engagé ?
EB : C'est chacun de nous. La personne handicapée d'abord car vivre avec un handicap c'est une vraie bagarre. Ce sont aussi les entreprises qui acceptent de jouer le jeu et embauchent. Ce sont les parents, les professeurs, les aidants... Notre société doit retrouver sa bienveillance et son sens de l'accueil. Et cela implique aussi l'accès au transport, à l'éducation, aux loisirs, à l'hébergement...

H: C'est une drôle de bataille qui se mène sur le marché de l'emploi. Le discours sur les responsabilités des uns et des autres semble confus...
EB : On ne peut exiger de l'entreprise qu'elle porte seule la responsabilité de l'emploi des personnes handicapées. C'est un acteur majeur, évidemment, mais qui a aussi son lot de contraintes. Il faut arrêter de stigmatiser. L'emploi arrive en bout de chaîne de la scolarisation, des études et de la formation.

H: Comment convaincre les entreprises qu'un travailleur handicapé ne sera pas un « poids » forcément contreproductif
?
EB : Elles commencent à comprendre que la réussite vient de l'anticipation. Lorsque l'arrivée est bien préparée, le succès est au rendez-vous neuf fois sur dix. C'est cette implication qui donne sa couleur à la politique Ressources humaines de l'entreprise. Cela veut dire aménager le poste de travail, certes, mais aussi sensibiliser les équipes et les collègues. Certains disent désormais : « Depuis que j'ai conscience des galères qu'il rencontre pour chacun de ses gestes, y compris pour venir sur son lieu de travail, je suis admiratif ! » Une telle présence permet parfois de récréer un lien social dans l'entreprise, incite à aller vers l'autre. Lorsque les esprits sont ouverts et les bonnes questions posées, ça fonctionne ! A l'inverse, si l'entreprise utilise le travailleur handicapé comme une « carte de visite », on va droit à l'échec ! Le plus dur, depuis quinze ans, a été de préparer ce terrain. Or on constate aujourd'hui que beaucoup d'entreprises ont réussi ce pari. Le bouche à oreille, c'est le meilleur avocat pour convaincre le voisin. La force de l'exemple ! Pendant la Semaine pour l'emploi, nous mettons en valeur les entreprises qui jouent le jeu.

H: Mais comment inciter les employeurs à faire un premier pas dans ce sens, à dépasser leurs appréhensions ?
EB : Je crois aux bienfaits de la rencontre physique. Même si le premier déclic peut passer par Internet, il est important que futur employeur et postulant puissent se voir, se serrer la main. Cet échange et ce contact sont indispensables pour faire tomber les craintes et les idées reçues ! C'est toute l'ambition de nos concepts d'Handicafés© et de Jobdatings©.

H: On parle beaucoup d'embauche des travailleurs handicapés mais le maintien dans l'emploi n'est-il pas aussi problématique ?
EB : Oui en effet. Parfois la situation de handicap est évolutive, et c'est là que ça devient compliqué. Certaines entreprises font leur possible pour respecter le quota de 6 % mais sans se poser la question de l'après. La situation de travail se construit dans le temps, c'est pourquoi il est important d'avoir une personne référente, au sein du management interne, qui prenne en compte et suive le parcours des « personnes issues de la diversité », y compris pour les seniors.

H: Les entreprises ne cessent de se plaindre qu'elles ne peuvent pas satisfaire le quota d'embauche faute de candidats ?
EB : L'emploi est le résultat d'un très long processus. Le problème, ce n'est pas l'emploi en soi mais plutôt le niveau de formation des personnes handicapées face à des métiers de plus en plus pointus. Cela vaut d'ailleurs aussi pour les personnes valides. Les entreprises recrutent de plus en plus des personnels formés sur des niches...

H: Mais n'est-ce pas le rôle de la formation professionnelle ?
EB : Oui, évidemment, mais on constate qu'elle accueille souvent des personnes en rupture de parcours (suite à un accident ou à une maladie), qui peuvent avoir des difficultés sociales lourdes et un besoin impérieux de remise à niveau. La formation professionnelle dispensée dans les centres de rééducation professionnelle qui allient formation et suivi médico-social, va dans ce sens ! Je suis effrayé pas certaines mesures gouvernementales qui tendent à supposer qu'elle n'est pas essentielle. Elle est l'un des maillons indispensables pour former à des métiers pourvoyeurs d'emploi.

H: Y-a-t-il de bonnes raisons d'espérer ?
EB : Oui, notamment avec la nouvelle génération de jeunes handicapés qui a envie de vivre et ne veut plus se voir à travers la situation de handicap. Elle revendique « le droit à » et discute davantage d'égal à égal... Axer nos actions vers les jeunes, cela nous permet d'avoir une autre porte d'entrée sur le handicap. Il faut en finir avec les images d'Epinal, une personne handicapée ce n'est pas seulement un « fauteuil roulant » ou une « canne blanche » ! Heureusement, les choses sont en train de changer.

H: Jugez-vous que la classe politique est suffisamment engagée dans ce domaine ? Qu'attendez-vous des différents candidats à l'élection présidentielle de 2012 ?
EB : Certains exigent plus de loi ; il y en a bien assez ! En cas de crise financière, il faut parfois repousser certaines échéances mais en gardant toujours le même cap. Alors, pour 2012, nous souhaitons que les candidats cessent de considérer le handicap comme une « indispensable fioriture » et remettent cette question au cœur du débat social, renouent avec les fondamentaux (accessibilité, scolarité, études supérieures et citoyenneté) et réaffirment ce qui a été voté en établissant un calendrier fiable.

Retrouvez cet interview sur Handicap.fr

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Edouard Braine : "Mieux vaut être handicapé à Londres qu'à Paris !"

La chronique du 14 novembre 2011

Yves Calvi recevait lundi matin Edouard Braine, énarque, diplomate et tétraplégique. Le consul général de France au Royaume-Uni laisse de côté sa diplomatie et sa langue de bois pour nous dire qu'il vaut mieux être handicapé à Londres qu'à Paris. Bus, taxi, métro : tout est accessible dans la capitale anglaise.

Pour écouter:
Edouard Braine, énarque, diplomate et tétraplégique : "Mieux vaut être handicapé à Londres qu'à Paris !"

Édouard Braine, tétraplégique et diplomate

Nathalie Bougeard Mis à jour le 16/11/2009 à 17:41 | publié le 16/11/2009 à 17:40

Consul de France à Londres et administrateur du Conseil national du handicap, il regrette les difficultés rencontrées par les handicapés pour accéder à des formations.

Sept ans après une chute de cheval qui l'a laissé tétraplégique, Édouard Braine s'est installé récemment comme consul général à Londres. Cet énarque (promotion 1973) apprécie depuis deux mois une ville dans laquelle, contrairement à Paris, on peut se déplacer seul en métro, en bus ou encore en taxi.

«En terme de carrière, la candidature d'un ambassadeur à cette fonction pouvait sembler modeste. C'est le parti du réalisme et aussi un immense défi : 300 000 de nos compatriotes vivent en Grande-Bretagne», résume ce jeune sexagénaire, qui a été en poste en Grèce, en Algérie ou encore en Malaisie. «Trop souvent, les politiques de discrimination positive enferment les bénéficiaires dans un univers de médiocrité», affirme-t-il.

Pour autant, le diplomate admet que les personnes handicapées doivent bénéficier d'accompagnements spécifiques car «handi­capé, il vaut mieux avoir de l'argent». Exemple concret avec sa dernière acquisition, un fauteuil roulant capable de monter et descendre les escaliers. «Après l'accident, tout ou presque était brisé. J'ai eu la chance d'être un tétraplégique imparfait, à savoir que mon pouce et mon index gauches fonctionnaient», se félicite-t-il. Grâce à des mois de rééducation, une volonté hors du commun et une épouse qui le soutient, Édouard Braine peut aujourd'hui utiliser un ordinateur ou conduire un véhicule aménagé.

Mais il regrette que les jeunes handicapés rencontrent les pires difficultés pour accéder à des formations : «Les établissements d'enseignement, du primaire aux grandes écoles, n'ont pas acquis le réflexe d'accueillir les élèves handicapés. Tout est fait pour les décourager. Alors, évidemment, sur le marché de l'emploi, ceux-ci sont souvent moins employables et pas très nombreux à des niveaux de responsabilité élevés.»

Administrateur depuis trois ans du Conseil national du handicap, Édouard Braine s'est lancé il y a dix-huit mois dans l'aventure d'Artistes et Compagnie, une troupe de chanteurs, comédiens et musiciens, tous handicapés.